Chapitre 2

Un revenant

 

     Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours fait ce cauchemar, ou plutôt ce souvenir d’une autre vie. Mais il revenait toujours avec plus d’intensité durant les fêtes de noël.

Aujourd’hui je suis entrée dans la normalité, je ne m’appelle plus Lydia mais Tiffany, Tiffa pour les intimes et j’ai fait de ces rêves une banalité. 

    Le 24/12/2008 soit treize ans après la destruction de ma famille, je vis chez les Foster, ma famille adoptive avec un père aimant, quoiqu’un peu sévère, Michel 46 ans, une mère douce et très souriante, Clara 45 ans, une petite sœur énergique, June 8 ans et deux grand frères jumeaux Carl et Roméo 21 ans. Cette année je suis une 2ème année interne d’une école de commerce, la même que celle de mes frères, l’IBS (International Business School). 

_ « Une très bonne école qui n’accepte que l’élite, vous avez de la chance. » Ne cessait de répéter Clara. 

Ce soir là on était à la maison pour les vacances et alors que j’ouvrais la porte d’entrée, en m’attendant à me retrouver nez à nez avec l’oncle Charly et sa nouvelle femme, je me retrouvais face à un très beau jeune homme d’une vingtaine d’années qui avait une peau mate laissant aisément deviner son métissage, des yeux légèrement bridés de couleur bleue, des cheveux mi-longs dorés par le soleil, une taille fine et élancée de 1m80.

Etrangement, je l’ai immédiatement reconnu. Celui qui m’avait mis en garde celui qui m’avait sauvé la vie, celui qui avait disparu dans le silence de la nuit, mon frère de cette autre vie, Paul.

Je sentis alors mes pensées affluer en même temps dans ma tête en formant de nombreuses questions. Un mélange de sentiments et d’appréhensions et je crus m’évanouir sous ce flot si soudain d’émotions.

Etait-ce un mirage ? Un de ces nombreux rêves que j’avais déjà si souvent faits.

Puis tout s’arrêta lorsqu’il approchât ses mains de mon visage pour essuyer les larmes qui, sans que je m’en aperçoive, s’étaient échappées sur mes joues.

Nous restâmes à nous regarder les yeux dans les yeux un long moment.

J’avais toujours beaucoup ressemblé à mon frère, à tel point que, plus jeunes on nous prenait facilement pour des jumeaux, les mêmes cheveux ondulés et blonds, les yeux bridés de ma mère mais la couleur bleue venait des yeux de notre père, elle s’alliait parfaitement à notre peau mate. De plus on ne se lâchait pas d’une semelle. J’étais son ombre et il était mon modèle.

Devant ce fantôme je ne sus trop que dire, ni que faire. Il brisa finalement le silence en me disant : 

_ « Alors Lili, tu ne sautes pas au cou de ton grand frère ? » 

Cette phrase retentit alors en moi comme un écho et me fit frissonner.

Je lui dis alors : 

_ « Qu…qu…qui êtes vous ? » 

 Je ne savais trop pourquoi je venais de dire cela car il était clair que je l’avais reconnu et si un doute persistait, il aurait disparu lorsqu’il m’avait appelé «Lili », un surnom que seul Paul m’avait donné. Toutefois si le corps l’avais reconnu volontiers, mon cerveau semblait le rejeter. Il semblait connaître à l’avance ce que l’arrivée de cet homme allait provoquer dans ma vie. 

_ « Comment ?! Ne me dit pas que tu ne te souviens pas de moi ! C’est moi…Paul…ton grand …» 

_ « Assez !...Si c’est une plaisanterie, elle est de très mauvais goût. Je n’ai aucun frère se nommant ainsi. Je n’ai que deux frères et ils sont déjà près de moi. Qui plus est je suis Tiffany, Tiffany Foster.» 

Je tremblais comme ce fameux soir et je n’arrivais pas à m’arrêter de pleurer. 

_ « Mais…Lydia, tu… » 

_ « Vous faites erreur Mr… » 

_ « Cluster, Paul Cluster. » 

À ces mots je crus défaillir quand soudain, me sortant de ma torpeur Carl posa ses deux mains sur mes épaules.

Un jeune homme de 21ans, à la peau blanche et douce comme du lait, des yeux verts  et des cheveux courts et ébouriffés du haut de ses 1m76. Au tempérament bagarreur qui ne collait pas avec son visage d’ange.

Il me lança alors un regard attentionné et un regard froid à Paul. 

_ « Un problème petite sœur ? » 

_ « Hum… et…bien …»      

_ « Je vois, ce gars t’embête ! » Fit-il en passant son bras autour de mon épaule et en essuyant, maladroitement mes larmes. 

Puis Paul qui ne semblait pas perturbé un seul instant avait gardé les yeux fixés sur moi. 

_ « Écoute, je ne te veux aucun mal et je peux comprendre que tu sois un peu perdue mais… » 

Puis il reposa sa main chaleureuse sur mon visage, ce qui me fit immédiatement frissonner.

Carl réagit alors au quart de tour, il poussa la main de Paul et se plaça devant moi, comme pour me protéger puis il dit au jeune homme : 

_ « Tu dis ne pas vouloir l’effrayer mais ce n’est pas le cas. Elle tremble comme une feuille et on ne sait pas qui tu es mec, alors tu devrais te casser maintenant. »

Roméo apparut alors derrière moi et en constatant mon visage déconfit, il s’approcha et me serra dans ses bras.

Le portrait craché de son frère, un vrai clone à la seule différence que ses yeux sont bleus comme des gouttes d’eau.

Un ange de 1m75 qui n’a rien à envier à son frère. Son caractère paraissait toutefois plus doux que sa moitié. 

_« M’enfin que se passe-t-il ici ? » fit-il. 

_ « Ne t’en mêle pas Roméo, le gêneur allait partir.» 

_« Le gêneur ? » 

Roméo vit alors le regard désolé et plein de tendresse que me lançait Paul. 

_ « Et…Qui es-tu ? Et surtout que veux-tu à notre sœur ? » 

_ « Votre sœur…pff ! » 

Paul paraissait dégoûté par ce qu’il venait d’entendre. 

_ « Oui notre sœur ! T’as un problème avec ça ?» avait alors demandé Carl avec plein d’ardeur. 

_ « Écoute, je suis désolé de t’avoir effrayée Lydia, je ne voulais vraiment pas… » 

Au véritable nom de leur sœur, les jumeaux écarquillèrent leurs yeux. Comment connaissait-il mon prénom ? Se demandaient-ils.

C’est alors qu’un homme d’une trentaine d’année apparut sur le pas de la porte. 

_ « Il est temps Paul, on doit y aller. » 

_ « Je vois » fit le jeune homme. Puis il me jeta un dernier regard désolé et disparu dans une voiture avec cet homme mystérieux. 

Carl referma la porte encore surpris et se retourna vers moi. 

_ « Comment…Qui est-ce type Tiffa ? Comment connaît-il ton premier prénom ? » 

_ « Si…si je le savais » réussi-je à articuler. 

_ « Mais que t’as t-il dit ? » me demanda Roméo 

_ « Il dit être mon frère…mon vrai frère biologique Paul Cluster. » 

_ « QUOI ? » firent-ils d’une même voix. 

_ « Mais il avait disparu n’est-ce pas ? » reprit Roméo. 

_ « On avait même supposé qu’il n’avait peut-être jamais existé, est-ce possible ? » dit Carl.

_  « Il faut dire, maintenant que tu le dis, que vous avez un air de famille, en fait je dirais même que… » 

_ « Cesse de raconter n’importe quoi ! » lança Carl, sèchement. Et il reprit :

« Toi et moi sommes les seuls frères que Tiffany ait, tu m’entends ?! » 

_ « Mais et si… » 

_ « Arrête ! C’est n’importe quoi. C’est qu’un pauvre type qui aurait voulu s’amuser au dépend de Tiffa, c’est tout. » 

_ « Et comment… » 

Alors que Roméo allait poser une autre question, Carl le fit taire par un regard noir.

Et ils me m’adressèrent alors tous les deux un regard inquiet. 

_ « Tout va bien soeurette ? » me demanda Roméo. « Je ne t’avais pas vue comme ça depuis longtemps es tu sûre… » 

Je lui coupai la parole. 

_ « Je…je vais bien. J’ai juste besoin d’aller faire un tour, me changer les idées. » 

_ « Ce n’est pas une bonne idée. Et s’il était encore dans les parages ? » Demanda Roméo. 

_ « J’en ai besoin » rétorquais-je. 

_ « Tiffa sois raisonnable » 

Je ne me sentais pas la force de débattre, j’avais mal à la tête. J’attrapai alors mon manteau. 

_ « Tiffa… » 

Mais Roméo fut coupé par Carl qui venait de me lancer mon katana, mon seul souvenir de cette ancienne vie. Le trésor de la famille Cluster, une arme très ancienne, bien entretenue de génération en génération depuis mes ancêtres du côté maternel. Etant elle-même d’origine métissée, noir-asiatique, de Guyane.

Je ne connais pas l’histoire de cette arme, mais j’appris tout de même à l’utiliser depuis l’âge de 10ans. Il était prévu que ce soit Paul qui l’ait un jour, il avait également pris des cours de kendo.

Mais j’avais décidé après le sinistre, de faire vibrer la lame aussi bien que lui afin qu’il soit fier de moi peu importe où il se trouverait.

Lorsque Carl me le lança je le regardais un moment et il finit par me dire : 

_ « Fait attention à toi, les rues ne sont pas sûres à cette heure ci. Et ne rentre pas trop tard, on dîne à 22h00. » 

Puis il s’éloigna vers le salon en tirant par la manche Roméo qui me regardait d’un air inquiet mais résolu.

Puis j’ouvris la porte, le froid vint fouetter mon visage. Je sortis sur le perron, fis quelque pas et tournai au coin de la rue. Là, je fouillais dans la poche de mon manteau et en sorti un bonnet noir que je pris soin d’enfiler en rentrant mes cheveux.

Je mis ensuite ma capuche, tournant encore mais à gauche cette fois-ci.

J’étais en chasse. Il m’en fallait un. Il me fallait tuer !

 

Chapitre 1 Les Blessures du Passé Chapitre 3

 

 

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Date de dernière mise à jour : 2013-02-04

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