Chapitre 1

Le souvenir

Je m’en souviens encore comme si c’était hier.

Tout commença la nuit du 24 décembre 1995.

Alors que c’est un soir où toutes les familles sont sensées réveillonner ensemble devant un immense sapin trop décoré, une cheminée qui illumine le salon, une dinde dans le four qui embaume toute la maison et une table mise aux couleurs de noël. Pour la énième fois, dans le foyer des Cluster, la famille attend l’arrivée de l’homme de la maison.

Le travail, selon lui, l’avait encore retenu.

Mon père portait comme prénom Harry. Il s’était marié avec Suzanne Boulier, une amie d’enfance et lui avait donné deux  enfants.

Un garçon âgé d’à peine 11ans lors des faits, à qui il donna le prénom de Paul Jeff Cluster et moi, une fillette de 8 ans du nom Lydia Tiffany Cluster.

On avait tout d’une famille normale et heureuse vivant à Polycruse, un petit village perdu du Canada.

Mon grand frère n’avait qu’une seule idée en tête, devenir astronaute  pour, je le cite « Aller à la rencontre des étoiles et vivre sur la lune ».  

Et à cela notre mère lui répondait toujours  « Mais mon chère Paul, il me semble que tu y passes déjà des journées entières et tu n’as jamais eu besoin de fusée pour t’y promener. »

Et comme d’habitude tout le monde s’esclaffait.

Enfin, ce soir là fut un noël différent de ce que nous avions  toujours connu jusqu’ici.

Mon père ne rentra qu’à 2h du matin, la fête gâchée, ma mère l’attendit sur le pas de la porte.

Lorsqu’il arriva, il sentait l’alcool à plein nez. 

_ « Harry, mais enfin où étais tu passé ? » un mélange de colère et d’inquiétude se laissait ressentir dans sa voix.

 «Pas même un coup de fil, non mais tu as vu l’heure ? Je me suis fait un sang d’encre !...Et pourquoi sens-tu l’alcool ? »  

_ « Et revoilà Miss Rabat-joie. Et tu t’étonnes que je ne rentre pas plus tôt. Mais tu m’ennuies. »  

_ « Comment ? Mais tu es saoul ! » 

_«Oui, il y a que comme ça que je te supporte chérie » (rire gras)   

_ (soupire) « N’étais-tu pas sensé travailler ? » 

Mon père reprit quelque peu son sérieux et sa concentration. 

_ «  C’est ce que je faisais figure toi. On avait un gros dossier à classer avec Sophie. » 

_ « Sophie ?!......Ben voyons… évidemment. » 

_ « Comment ça ? » fit Harry en titubant. 

_ « Je dis seulement que tu es plus souvent avec cette femme qu’avec ta famille. Tu me trompes avec elle, n’est-ce pas ? » 

_ « … »  

_ « HARRY !!! » ma mère frappa alors du point sur la table. 

Mon père la regarda alors dans les yeux. 

_ « Tu veux me faire croire que tu n’avais toujours pas compris ! Enfin Suzanne…bien sûr que je me tape cette secrétaire ! Ouvres les yeux, elle me satisfait là où toi, tu n’as pas su tenir ton rôle. » 

_ «  Non, je ne peux le croire, tu mens. » 

Mon père la gifla alors, sans ménagement et elle s’écroula sur le plancher.

Elle resta alors durant plusieurs minutes sans bouger. 

_ « Pff !!! J’en ai assez. Ne crois-tu pas que nous ayons fait une erreur ? » 

_ « ASSEZ ! Tu dis n’importe quoi à cause de l’alcool… 

_ « Je  n’ai jamais été aussi lucide Suzanne. Je l’ai compris il y a de ça bien longtemps, mais je n’ai plus envie de me mentir. Nous deux c’était une erreur de jugement. » 

_ « Mais tu m’aimes n’est-ce pas ? » 

_ « Ce que j’ai, jadis prit pour de l’amour, n’est plus aujourd’hui. » 

La voix de mon père avait changé. Elle était très calme. Ma mère qui était restée sur le sol, comprit alors qu’il était très sérieux. Elle éclata alors en sanglot en maintenant sa main sur son cœur comme pour le faire arrêter de saigner. 

_ « Souffres- tu ? ». 

Un silence lourd pesait autour d’eux. 

_ « Je suis navré chérie » avait-il reprit. 

Il commença alors à marmonner un discours incohérent sous l’effet de l’alcool. 

_« Nous avons pêché…j’ai pêché...nous avons tous pêché. Nous ne méritons plus de vivre. » 

Il se dirigea vers la cuisine, attrapa un couteau et retourna dans le salon où ma mère était restée. Elle ne semblait pas avoir entendu les propos délirants de son mari car encore sous le choc de son dernier discours.

Mon père s’accroupit alors près de ma mère, et l’enlaça tendrement.

Il lui murmura quelque chose à l’oreille et planta, une fois, deux fois puis une troisième fois la lame du couteau dans son dos.

Sans un bruit il déposa le corps inerte de ma mère.

Paul et moi étions cachés dans les escaliers et venions d’assister à la tragédie jouée par nos parents.

Je ne pu m’empêcher de laisser échapper un cri d’horreur ce qui eut pour conséquence la découverte de notre cachette par l’assassin. 

_ « N’ayez pas peur les enfants » dit-il. 

_ « Pourquoi as-tu fait du mal à maman ? » avait alors crié Paul. 

_ « Papa est méchant mon chéri, très, très méchant. Papa va aller avec maman en enfer. » 

_ « Quoi ?! » 

_ « Oh ! Mais ne t’en fait pas, je ne vais pas vous abandonner, vous venez avec nous mes chéris. » 

Une lueur de folie brillait dans les yeux de mon père.

Paul se mit alors à me hurler : 

_ « Papa est devenu fou, cours…cours Lydia, vas te cacher ! » 

Il me poussa en direction des chambres à coucher en me suivant de près.

Arrivés dans la chambre des parents, il faisait très sombre, il me cacha dans l’armoire. 

_ « Tu restes là ! Tu m’as compris ?! Ne bouge pas ! » 

_ « Mais… et toi grand frère ? »   

_ « Il n’y a pas assez de place pour nous deux. Papa est devenu fou, il faut que tu te caches, alors surtout pas un bruit ! » 

À peine avait il refermé la porte de l’armoire que celle de la chambre s’ouvrit violemment. 

_ « Allons fiston maman nous attend, ce n’est pas l’heure de jouer à cache-cache. » 

 Mon père attrapa mon frère avec une extrême violence. 

_ « Non, papa arrête. Lâche-moi ! » 

 Ce dernier se débattait comme un petit diable et quand il put enfin se dégager il s’éloigna de l’armoire et sortit sur le balcon où il se retrouva acculé. Un rayon de lune éclairait les lieux et j’assistais au spectacle tout en sanglotant silencieusement.  

_ « Paul, où se trouve ta sœur ? Tu ne veux pas qu’elle se retrouve toute seule ici, tout de même.» 

_ « Laisse la tranquille ! » 

_ « Allons, allons Pa… » 

Il fut coupé par un coup de pied aux testicules que venait de lui insuffler son fils.

Il se courba et Paul tenta de fuir c’est alors que l’homme pour l’en empêcher le gifla mais le coup fut si fort que le jeune garçon passa par-dessus la balustrade.

Je manquais de laisser s’échapper un cri d’effrois. Mais le retint. 

_ « Pff ! Quel effronté » avait alors déclaré mon père en regardant par dessus la balustrade. Puis il retourna dans la chambre sombre et ses pieds s’emmêlèrent dans un fil électrique. Il se rendit alors compte qu’avec son empressement, il n’avait pas dénié allumer la lumière et décida d’éclairer la pièce.   

_ « Lydia ma chérie….où es-tu ? » fit-il en tâtant les murs. 

 Je voulais tant lui indiquer ma cachette et sauter dans ses bras chaleureux pour me faire consoler comme il l’avait si souvent fait. Puis les images de ma mère en sang et les dernières paroles de Paul me revinrent en mémoire. 

_ « Papa est devenu fou … il faut que tu te caches… alors surtout pas un bruit. » 

Mais pourquoi ? Mon père qui était si doux et si gentil, que s’était-il passé ? M’étais-je demandé.

Puis il passa si près de la porte que je senti son souffle haletant sur mon visage. Mon cœur battait la chamade. 

_ « Et si il me retrouvait, me tuerait-il aussi ? Sûrement ? Oh mon dieu, que faire ? De toute façon je suis toute seule maintenant. » M’étais-je mise à penser.

« Peut-être qu’il vaudrait mieux… » 

Mais mes pensées furent brusquement interrompues par le bruit des sirènes de police qui retentissaient dans la nuit. 

_ « Quoi ? Que font-ils là ? » C’était alors écrié mon père. 

_ « Ma chérie si tu m’entends écoute moi bien, il vaut mieux que tu viennes avec moi. Tu vas te retrouver toute seule. » 

Puis quelqu’un se mit à frapper à la porte d’entrée. 

(Toc ! toc ! toc !) 

_« Mr Cluster ?…Mme Cluster ?…Il y a quelqu’un ?...C’est la police, vos voisins se sont plaints de drôle de bruits venant de chez vous, alors… »

Ils étaient enfin là. Je priais pour qu’ils rentrent et découvrent ma mère dans le salon, ainsi ils me chercheraient et soigneraient mon père de sa folie.

Mais mon père ne l’entendit pas de cette oreille car il entra dans une rage folle. 

_ « Lydia, viens ici ! » cria-t-il. 

Puis on entendit la porte de l’entrée craquer sous le coup de l’épaule d’un des agents, des voix qui s’élevèrent du salon et des pas précipités dans les escaliers. Un homme habillé en bleu entra alors en trombe dans la chambre. 

_ « Mr Cluster… mais enfin que faites vous ? » 

Mon père avait approché le couteau de sa gorge et posa son regard sur chaque recoin de la pièce, c’est alors qu’un rayon de lune vint s’insérer dans l’entrebâillement de la porte de l’armoire. Son regarde croisa alors le mien. Et il me fit un signe de la tête.

J’ai alors pensé que j’étais finie et qu’il allait me tuer, mais les choses se déroulèrent autrement. Il me sourit et d’un geste sec se trancha la gorge.

À partir de ce moment-là, je vois la suite des évènements comme un film que l’on regarderait au ralentit. Je vois le corps de mon assassin de père s’écrouler lentement sur le sol, moi poussant un cri strident en sortant de ma cachette et en me jetant sur son cadavre, car je suis sûre, aujourd’hui encore, que durant ses derniers instants, ce sourire était celui du père que je connaissais et qui m’avait élevée.

Puis l’agent de Police m’entraîna hors de la maison où je vis des inconnus mettre ma mère dans un sac et…et lorsque je demandais pour mon frère on me dit qu’aucun petit garçon n’avait été retrouvé dans les parages. Pourtant avec du recul je me dis que personne, surtout pas un enfant, ne pourrait survivre à une telle chute.

Mais je n’entendis plus jamais parler de lui, du moins jusqu'à ce fameux jour.    

Prologue Les Blessures du Passé Chapitre 2

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Date de dernière mise à jour : 2013-02-04

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