Chapitre 9

Un moment en famille

 Lorsque nous arrivâmes à la maison, June nous attendait avec la baby-sitter. Elle nous accueillit chaleureusement. Nous dînâmes silencieusement et personne n’insista pour veiller tard.

Dans ma chambre, il y avait un silence apaisant. Je finissais de sécher mes cheveux en me dirigeant lentement vers la fenêtre.

La nuit était calme. Une énorme lune éclairait la pièce. En la regardant, je plongeais dans mes pensées. Mon ancienne famille était morte, il y a longtemps pour moi et elle avait laissé la place à une nouvelle, avec laquelle tout allait pour le mieux. Mes blessures étaient quasiment guéries. Tout s’était organisé comme du papier à musique, même ma double vie, celle de Seth le Samouraï, n’avait aucune faille…jusqu’à l’arrivé de Paul, noël dernier. Je pensais qu’en entendant l’histoire jusqu’au bout, les choses s’arrangeraient. Je pensais l’avoir accepté. Etre heureuse d’avoir pu retrouver ce que j’avais perdu… Mais qu’avais-je perdu au fait ? Un grand frère aimant, certes, mais qui devait me détester quelque part. Il me l’a dit lui-même. Il est parti et n’a parler de moi à personne. Il était content de pouvoir vivre comme un enfant normal, sans avoir la responsabilité d’une petite sœur malade qui l’obligeait à être tout le temps attentif et répondre à chacun de ses besoins.

De mon côté, j’ai toujours dépendu de lui, mes crises n’ont jamais été aussi fortes que lorsqu’il a disparu. Mais depuis, j’ai grandi et appris à ne plus dépendre d’autres personnes, mais à ne compter que sur moi-même pour ce qui concerne ma maladie. J’avais trop peur que ma maladie oblige ma famille à se débarrasser de moi.

Aujourd’hui, je retrouve mon grand-frère, celui dont j’ai toujours dépendu et me revoilà malade. Les garçons avaient raison, c’est bien Paul qui déclenche mes crises, mais c’est psychosomatique.  C’est dingue, la seule chose qui nous retient l’un à l’autre a toujours été cette maladie et c’est aussi celle maintenant qui nous sépare.

[Rire Amère]

Je ne sais trop quoi penser de tout  ça maintenant. Que dois-je faire ? Comment les choses vont-elles tourner ?

Soudain je sentis une serviette chaude se poser sur ma tête.

 

_ « Tes cheveux sont encore mouillés, idiote. »

 

Je reconnus la voix de Carl et je me retournai alors pour lui faire face.

 

_ « Tu n’es pas encore couché, Grand-Frère ? »

 

_ « Toi non plus. » Il se dirigea vers mon lit, s’y assit et me fit signe de m’assoir par terre, ce que je fis sans broncher.

Il attrapa la serviette toujours posée sur ma tête et commença à me sécher délicatement les cheveux.

 

_ « Est-ce que ça fait du bien? »  Me demanda-t-il.

 

_ « Oui, merci. »

 

En continuant son geste, il reprit :

 

_ « Veux-tu savoir ce qui c’est passé avec Paul tout à l’heure ?

_ « … » Je gardais les yeux rivés sur le sol.

 

_ « Question idiote ! Bien sûr que tu veux… Et bien je ne l’ai pas frappé. »

 

_ « … »

 

_ « Et il ne m’a pas frappé non plus. »

 

_ « Vous avez juste parlé ? »

 

_ « Tout à fait ! Et comme tu dois t’en douter. Nous avons parlé de toi. »

 

Je commençais à m’impatienter.

 

_ « Et ?... »  Fis-je en ne décollant pas mes yeux du sol.

 

Carl prit alors une voix sérieuse.

 

_ « Je vais te dire exactement, ce que je lui ai dit.

Je ne sais pas ce qui s’est passé entre vous, mais je vois bien que vous avez un lien très fort. Il tient vraiment à toi je le sens et ça se voit. Je pense également que tu as changé depuis qu’il est revenu dans ta vie. Et je ne parle pas seulement de ta santé ou de ton inquiétude, simplement tu sembles… plus… comment dire… complète. Je ne le connais pas mais le peu que j’ai pu voir de lui me fait dire que vous vous ressembler beaucoup et pas que physiquement. Vous semblez ne faire qu’un. Et je parle en connaissance de cause, j’ai un jumeau je te rappelle. Et malgré tout, le temps que tu as passé avec nous, je peux dire que tu gardes encore un côté, une part de toi, caché de nous. Roméo et moi l’avons toujours su. Depuis ton arrivée chez nous, il y a des choses sur lesquelles tu as toujours refusé notre aide, comme pour ta maladie. Tu as toujours tout fais pour nous garder à l’écart.»

 

_ « ????!!!! »

 

_ « Oui ! Roméo et moi avons toujours su que tu courrais te cacher dans la salle de bain pour cacher tes crises. Mais nous ne t’avons jamais rien dit car nous attendions que tu t’ouvres à nous et que tu nous en parles de toi-même. Nous avons toujours attendu, de peur que tu ne te braques si nous te forcions à en parler. Tout ce que nous pouvions faire c’était t’observer de loin, lors de tes crises et être près de toi à chaque fois que tu aurais eu besoin de nous.

Roméo a toujours pris son rôle de grand-frère très sérieux tu sais, et ça l'a toujours rongé de ne pas pouvoir faire plus pour toi. Je sais qu’il peut paraître trop protecteur des fois,  mais dis-toi bien que c’est seulement parce qu’il tient à toi. Nous tenons à toi et nous ne laisserons personne te faire de mal. Qui que cela puisse-t-il être. Ainsi même si je dois reconnaître que Paul et toi êtes très proches, il semblerait que votre forte dépendance l’un de l’autre soit pour le moment dangereux pour ta santé.

 

_ « C’est ce que tu lui as dit ? »

 

_ « Oui. »

 

_ « Et qu’a-t-il répondu ? »

 

_ « …De prendre soin de toi. »

 

Je me retournai alors pour faire face à Carl. J’étais surprise.

 

_ « Comment ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Il part ? »

 

Carl fronça alors les sourcils et me saisit par les épaules.

 

_ « C’est mieux ainsi Tiffa. Tu ne peux pas avancer normalement dans ta vie avec un fantôme du passé venu pour te hanter »

 

Je ne sus quoi répondre à ça. J’étais anxieuse et ça se voyait. Tout mon corps se mit à trembler.

Carl me prit alors dans ses bras et tout en me caressant la tête, il me dit :

 

_ « Ne t’en fais pas tout ira bien. »

 

_ « Vraiment ? » Me demandais-je. « Je vais perdre encore ce frère que j’ai eu tant de mal à revoir ? »

 

Je me mis à pleurer et Carl resserra son étreinte, tout en répétant que c’était mieux ainsi, jusqu’à ce que je finisse par me calmer. Et c’est à moitié endormie que je le sentis me mettre dans mon lit, me couvrir d’une couverture et passer doucement sa main sur mon visage pour essuyer une larme qui coulait. Je l’entendis également murmurer que tout irait mieux demain, avant qu’il ne quitte ma chambre et que je m’endorme pour de bon.

 

Je me réveillais à l’aube, mais les mots de Carl résonnaient encore en moi et je ne me sentis pas la force d’affronter la famille avec le sourire. Je ne pus m’empêcher de penser que tout ceci était la faute de ce géniteur ignoble qui m’avait donné la vie, pour me la gâcher.  Mais il avait peut-être raison sur un point, il aurait été plus simple de me donner la mort avec lui au moment il me l’avait proposé. Je n’aurais pas eu à subir tout ça. Surtout quand on connait la fin de mon histoire.

Si seulement il avait été un bon père, un bon mari. Aujourd’hui je vivrais une vie normale avec une mère aimante et un grand frère protecteur. J’aurais surement un petit ami comme toutes les filles de mon âge, je parlerais de maquillage et de garçons le vendredi soir, plutôt que de tuer les maris violents. Cette dernière pensée fit naître en moi une légère pulsion meurtrière, qui se tût presque aussitôt. Je n’avais plus envie de rien. Je restais donc plongée dans mon lit et fit semblant de dormir jusqu’à 13H00.

Finalement Roméo, vint me réveiller pour me forcer à avaler quelque chose. Ce que je refusais tout net.

 

_ « Désolé Ro, mais je n’ai vraiment pas d’appétit. »

 

« Ro » était le surnom que Carl et moi avions trouvé à Roméo. Nous ne l’utilisions pas tout le temps, mais quand nous l’utilisions c’était souvent pour qu’il soit plus coulant avec nous. Ça avait un peu le même effet que le regard de chien battu que l’on faisait aux parents, pour éviter les punitions trop terribles.

 

_ « Force-toi un peu s’il te plait, sinon, tu ne pourras pas prendre tes médicaments et donc ne pourras pas aller mieux. »

_ « … » Je regardais le bol de soupe qu’il me tendait, avec une certaine appréhension.              

 

_ « S’il te plaît, Tiffa. »

 

Je repensais à ce Carl m’avais dit la veille sur Roméo et le fait qu’il se sente toujours torturé de ne pas pouvoir m’aider. Si seulement il savait à quel point il avait déjà été bon envers moi. A quel point je me sentais redevable.

Je finis donc par prendre une cuillère du bouillon et l’apporta à ma bouche et c’est presque immédiatement après l’avoir avalée que je me mis à rendre la cuillère fraichement ingurgitée ainsi que tout ce que contenait mon estomac.

 

_ « Tiffa. »

 

C’est sous le regard horrifié de mon grand-frère que je retournais mes tripes sur le sol de ma chambre.

 

_ « Je…suis désolée. » réussis-je à articuler.

 

_ « Non c’est de ma faute, je n’aurais pas dû insister. »

 

Je fis un geste pour sortir du lit et nettoyer mais Roméo m’en empêcha.

 

_ « Ne bouge pas, tu risques d’en mettre partout… Je reviens, je vais chercher de quoi nettoyer tout ça. »

 

Pendant qu’il sortait de la chambre, je jetais un regard à mon pyjama et constatais à quel point je m’étais salie. Puis je me mis à réfléchir rapidement, presque instinctivement.

Je sortis de mon lit aussi vite que je pus, me trainai jusqu’à la salle de bain, me déshabillai et me mis sous une douche glacée.

Ce que ça pouvait faire du bien, j’avais l’impression que la fièvre m’avait rendue brûlante et cette eau m’apparaissait comme salvatrice. Elle m’apaisait,  me nettoyait de la crasse et me débarrassait de l’odeur nauséabonde du vomi.

Je m’assieds alors dans la douche et regardais mon pyjama roulé en boule.

J’étais redevenue le boulet de mon enfance. La petite fille incapable de rester en bonne santé ou de faire quoique ce soit par elle-même. Avec cette pensée,  je commençais à faire de l’hyper ventilation. Ma tête se mit à tourner et j’eus à nouveau la nausée. C’est alors que la voix de Roméo se fit entendre derrière la porte.

 

_ « Tiffa ? Tout va bien ? »

 

Je mis alors instinctivement mes mains sur ma bouche afin d’éviter de faire du bruit. 

 

_ « Tiffa, tu prends une douche ? Tout va bien là-dedans ?...Si tu ne réponds pas je vais être obligé d’ouvrir la porte. »

 

Je ne voulais surtout pas qu’il me voit comme ça, mais je n’arrivai pas à me calmer.

 

_ « Roméo ? Que se passes-t-il ? »

 

 Carl venait d’arriver et à l’entente de sa voix, ma crise redoubla de force. Si je ne faisais que le supposer jusqu’à aujourd’hui, il advenait claire maintenant que le stress n’arrangeait en rien mes affaires.

J’eu l’impression que j’allais mourir, et j’avais de plus en plus de mal à garder mes mains sur ma bouche.

 

_ « Tiffa, prends une douche…je crois. Mais elle ne me répond pas. »

 

_ « Peut-être qu’elle ne t’entend pas. »

 

_  « …Je ne sais pas…Peut être. Mais j’ai cru entendre quelque chose. »

 

_ « Quoi ? »

 

_ « Et bien… »

 

_ « Tu crois qu’elle à une crise dans la salle de bain ? »

 

Il y eu un silence, puis ils reprirent d’une seule et même voix.

 

_ « Tiffa ? Est-ce que ça va ? »

 

Mes poumons me brulaient et je repensais alors à ce que Carl m’avait  dit la veille, ils avaient toujours su que je cachais mes crises et n’attendaient qu’une chose, que je les laisse m’aider. 

Je pensais alors que j’étais vraiment stupide. Et je trouvais la force de retirer mes mains devant ma bouche et d’articuler à travers ma respiration entre-coupée un « aidez-moi. »

 

Les garçons entrèrent en ouvrant violemment la porte. Lorsqu’ils me virent, ils réagirent au quart de tour. Carl coupa l’eau de la douche et Roméo attrapa une grande serviette dans laquelle il m’enroula et me transporta jusque dans mon lit. Carl venait de sortir le masque à oxygène qu’il me mit rapidement sur le nez et la bouche afin que je puisse à nouveau respirer normalement.

Lorsque je finis par réussir à reprendre mon souffle, les deux jeunes garçons furent soulagés. Puis Roméo se leva d’un bond.

 

_ « Je t’avais pourtant bien dit de ne pas bouger ! »

 

Je fus très surprise, c’était la première fois que je me faisais disputer après une crise. Je crois que je m’attendais à autre chose. Des pleurs, et des excuses peut-être…comme Paul faisait et ce qui avait le don de me faire me sentir coupable. Mais là, il n’était pas du tout question de ça. J’étais en train de me faire passer un savon pour m’être cachée.

 

_ « Tu veux bien me dire pourquoi tu es allée toute seule dans la douche, sous cette eau glacée ? Tu essais de te tuer ou quoi ? »

 

Ne lâchant pas le masque, je hochai la tête négativement en direction de Roméo.

 

_ « Alors à quoi pouvais-tu bien penser ? »

 

Je jetais alors un regard à Carl qui semblait soutenir entièrement son frère.

_ « Tu n’as rien à dire pour ta défense ? » reprit Roméo.

 

Je le regardais l’air ahurie, sans prononcer un mot.

 

_ « Ah bon ...! Tu sais quoi?  Puisque c’est comme ça, je vais le dire à maman et tu vas voir le savon qu’elle va te passer. »

 

Roméo sortit de la chambre sans décolérer. Je n’en revenais pas.

 

_ « Il va vraiment aller le dire à maman ? » Demandais-je alors à Carl.

 

Il esquissa un sourire.

 

_ « Il y a de fortes chances. Prépares-toi à prendre. » Il me jeta un regard amusé et reprit :

 

_« Entre nous tu ne l’auras pas volée. »

 

Je me mis alors à penser : «C’est donc comme cela que les choses doivent se passer normalement....? »

 

Puis Carl m’embrassa sur le front.

 

_ « Mais, merci…de nous avoir demandé de l’aide. » Fit-il doucement.

 

Puis il sortit de mon armoire un pyjama tout propre et me le posa au pied de mon lit.

 

_ « Mets le vite ou tu vas attraper froid. Je vais essayer de l’amadouer et de calmer le jeu, mais je ne te promets rien. »

 

Avant de sortir, il ajouta :

 

_ « N’hésite pas à nous appeler si tu as besoin de quelque chose. » Puis il quitta la pièce.

 

Je mis alors mon pyjama et tenta de mettre de l’ordre dans mes idées.

Plus tard, ma mère vint me voir accompagnée de mes frères et je me fis sermonner comme jamais. Je ne l’avais encore jamais vue si en colère.

Elle me traita de sotte, d’irresponsable et alla jusqu’à me menacer de m’interdire de sorties si cela venait à se reproduire. Elle ajouta que je devais écouter Roméo et Carl et ne pas les inquiéter. Lorsqu’elle finit par se calmer elle me força à m’allonger et me couvrit d’une couverture, beaucoup trop chaude à mon goût. J’essayais de lui faire entendre raison en lui expliquant que la fièvre me donnait chaud, mais elle répliqua que le but était de me faire transpirer afin d’éliminer les toxines présentes dans mon corps. Je n’insistais pas plus.

Elle finit de me border et lorsqu’elle s’en alla, Roméo vint me voir.

 

_ « Tu m’en veux? » Dit-il.

 

_ « Non, pourquoi ? »

 

_ « Pour t’avoir balancée à maman. C’est la première fois qu’on se dénonce aux parents. »

 

Je ne pus m’empêcher de sourire.

 

_ « J’ai toujours su que tu étais une balance grand-frère. » Dis-je en riant.

 

Roméo fit un « Hé » réprobateur et se mit à rire aussi. Puis je repris :

 

_ « Blagues à part, c’est toi qui avait raison et je te dois des excuses. A toi et à Carl. Je vous cause beaucoup de soucis ces temps-ci. »

 

_ « Ca ce n’est pas nouveau. »

 

_ « … » Je baissais alors la tête.

 

_ « Ca va aller pour cette fois,  mais si jamais tu recommences un truc pareil, je te jure…. »

 

_ « Je suis désolée. »

 

_ « …Je sais. De toute façon c’est ce que fait une petite sœur, non ? »

 

Je relevai la tête et lui lançai un regard interrogateur.

 

_ « C’est notre devoir d’aînés à Carl et à moi-même, de veiller sur toi et June tout le temps.  C’est notre job et nous l’aimons beaucoup. Il en va de même pour toi et June, non ? Lorsqu’elle était malade la dernière fois, lui en as-tu voulu de l’être ? »

 

_ « Non, bien sûr que non. »

 

_ « Et bien pourquoi cela devrait être différent avec toi ? »

 

 

_ « … »

 

_ « J’espère que tu ne te dis pas que comme tu n’es pas liée à nous par le sang, tu devrais être une charge moins lourde que nous. Dois-je te rappeler que nos parents t’ont adopter en connaissant pertinemment tes problèmes de santé et en sachant ce que cela impliquerait ?

Cela n’a jamais gêné personne d’autre que toi ici. Dis-toi bien que ce que tu ressens lorsque tu soignes June, Carl ou moi-même, nous le ressentons tous lorsque nous prenons soins de toi. Tu n’as pas à être embêtée d’avoir vomi devant moi. Tu es ma petite sœur, ce n’est rien. Lorsque June a rendu sa purée de petits pois la dernière fois, qu’as-tu fais ? »

 

Je me souvenais de ce jour-là. Un samedi, alors que nos parents étaient absents, June a fait de la fièvre. Alors que nous tentions de l’endormir elle a rendu son déjeuner dans son berceau. A la vue de ça, Carl était à deux doigts d’en faire autant et Roméo était complétement paniqué. Mais en deux trois mouvements, j’avais mis June dans un bain avec un jouet, changé ses draps, l’avait habillée d’un pyjama propre et donné un médicament avant de la bercer.

J’avais trouvé cette situation assez drôle et j’avais été ravie de voir que la fièvre avait complétement disparu le lendemain.

Je crois que je compris enfin les sentiments de mes grands frères à mon égard.

 

 

 

Plus tard dans la journée, June est venue jouer un peu avec moi. On évitait de la laisser trop longtemps avec moi lorsque je ne me sentais pas bien,  pour qu’elle ne me fatigue pas trop mais aussi parce que je n’aimais pas qu’elle me voit comme ça. Je voulais qu’elle voie en moi  l’image d’une grande sœur forte et en pleine forme. Cet après-midi-là, elle était venue prendre le thé avec moi et ses poupées. J’ai joué le jeu jusqu’au bout. June est une petite fille pleine de vie. Toujours souriante, elle rayonne quoi qu’elle fasse. Elle est douce et gentil mais surtout très intelligente, ainsi il est difficile de lui cacher la vérité.

La plupart du temps, elle sait déjà ce que l’on va lui dire et accepte les choses avant même que l’on ait eu le temps de lui expliquer quoique ce soit. Elle semble mature sur certain sujet et assez perspicace.

Ce jour-là nous avons eu, une de ces fameuses conversations.

 

_ « Tu es malade grande sœur ? » me fit-elle tout en me servant une tasse de thé imaginaire.

 

_ « …Oui, ma puce. Mais rien de grave.  Ne t’en fais pas. »

 

_ « Mais c’est plus qu’un rhume. »

 

_ « Pourquoi tu  dis ça ? »

 

_ « Parce que tu as beaucoup de médicaments et que tu sembles plus malade que lorsque l’on a un simple rhume. » me dit-elle en servant ces poupées cette fois.

 

_ « Eh bien oui, c’est vrai mais je me soigne bien donc j’irais bientôt mieux. »

 

_ « C’est pour ça que les grands-frères et toi êtes rentrés à la maison, plutôt que de rester à l’école ? »

 

Je tentais alors de noyer le poisson en lui disant :

 

_ « Alors c’est ça ? Tu voulais garder la maison pour toi toute seule ? »

 

Mais ça ne sembla pas fonctionner car elle reprit très sérieusement et en me regardant dans les yeux cette fois :

 

_ « Tu sais bien que non grande-sœur. Au contraire. Je suis très contente lorsque vous êtes tous à la maison, mais je m’inquiète pour toi. »

 

_ « Pour moi ? »

 

Elle hocha la tête

 

_ « Pourquoi est-ce que tu t’inquiètes pour moi ? »

 

_ « Parce que j’ai entendu papa et maman, parler de ta maladie et ils se demandaient si tu n’aurais pas besoin d’aller à l’hôpital. »

 

_ « C’était donc ça ! Elle avait entendu les parents parler entre eux. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir lui dire ? » Mentir n’aurait servi à rien si ce n’est insulter son intelligence. Et puis elle aurait fini par connaître la vérité tôt ou tard alors je décidais de tenter de lui expliquer avec des mots simples.

 

_ « June, en fait Grande-sœur à une maladie depuis qu’elle est née. Mais je me soigne. Parfois, ça va et parfois, ça va un peu moins bien. Mais j’ai juste besoin de dormir un peu, prendre des médicaments et ça va tout de suite mieux. »

 

_ « Pourquoi tu es malade ? »

 

_ « …Parce que mon corps ne marche pas aussi bien qu’il le devrait. »

 

_ « Est-ce que moi aussi, je peux avoir ta maladie ? »

 

_ « Non, ma puce, ma maladie, je l’ai depuis toujours, je suis née avec et je ne peux pas contaminée…enfin, les personnes autour de moi ne peuvent pas l’avoir. Il faut qu’elles soient nées, elles aussi, avec ma maladie. Mais toi, tu es en bonne santé donc ne t’en fais pas. »

 

_ « Tu n’es pas triste ? »

 

_  « Pourquoi est-ce que je devrais être triste? »

 

_ « Parce que tu es la seule à être malade. Ce n’est pas juste. »

 

Ce raisonnement ! Cette question ! Pourquoi suis-je malade ? Pourquoi moi ? Ce n’est pas juste. J’y avais déjà longuement pensé, et m’était souvent posé ces questions mais aucune réponse ne m’avais jamais été donnée. Alors, j’ai fini par l’accepter. Accepter cette maladie comme une malédiction qui m’avait été lancée et avec laquelle je devrais vivre, et trouver les réponses à mes questions toute seule. Pourquoi ? Parce que. Etait-ce juste ? Comment cela pouvait il l’être. Je suis venue au monde avec cette maladie, donc si cela devait être un châtiment, c’était surement lié à une autre vie.

 

_ « Non June, je ne suis pas triste, car je peux me soigner et que j’ai une gentille famille qui prends soin de moi. »

 

Même si ce n’est pas ce que je pensais au fond de mon cœur, ce n’est pas comme si j’avais menti. Je me sentais chanceuse d’avoir vécu assez longtemps pour les connaitre.

 

Roméo vint chercher June pour le dîner. Comme je me sentais un peu mieux je fis l’effort de descendre et de manger avec eux, même si une fois devant l’assiette, je n’arrivais à avaler presque rien. Mais j’appréciais ce moment passé en famille.

 

Après le dîner on me raccompagna dans ma chambre et alors que je m’apprêtais à m’endormir, mon téléphone portable se mit à sonner.

 

Comme je ne reconnus pas le numéro qui s’affichait à l’écran, j’hésitais puis fini par décrocher.

 

_ « Allo ?! »

 

_ « … »

_ « Allo …Vous m’entendez ? »

 

_ « Allo…Lili ? »

Chapitre 8 Les Blessures du Passé Chapitre 10

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Date de dernière mise à jour : 2013-02-04

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