Chapitre 7

L'explication

Le lendemain, je quittais l’hôpital. Alors que je préparais mon sac, j’entendis des voix s’élever derrière la porte.

_ « Ecoute, on te remercie d’avoir sauvé notre sœur, mais maintenant, il faut que tu t’en ailles, que tu disparaisses car pour elle, tu n’es qu’un vieux fantôme du passé, revenu pour la hanter. Si tu veux réellement son bien, retourne d’où tu viens. On s’occupe bien d’elle, inutile de t’en faire. »

_ « Euh…Roméo, c’est ça ?! Je te remercie, toi et ta famille d’avoir veillé sur Lydia comme vous l’avez fait, mais il est temps maintenant que les choses redeviennent comme elles auraient toujours dû l’être. »

_ « C'est-à-dire !? Je te préviens, je ne te laisserai pas nous l’enlever. »

_ « C’est donc de ça dont tu as si peur. Que je reparte avec elle. Eh bien, il est vrai que cette idée m’a effleuré l’esprit, toutefois je pense que c’est à elle de prendre sa décision. Mais pour l’instant, je veux juste renouer avec la sœur que j’ai perdu il y a 13ans. »

_ « Ecoute moi bien, je ne te le répéterai pas. Ce n’est plus la sœur que tu as connue et si tu tentes quoique ce soit, pour rompre les liens qui se sont formés entre elle et nous, je ne te le pardonnerai pas. Tu as déjà eu l’occasion de prendre soin d’elle et de la protéger il y a 13ans mais tu as été faible et n’as pas su t’y tenir, aujourd’hui, c’est à nous que revient cette tâche et ce, malgré la barrière du sang, je ferais n’importe quoi pour la protéger, de tout et même de son propre frère. Alors… »

Puis j’entendis un bruit sourd et le son d’un poids s’effondrer sur le sol.

_ « Je ne te permets pas de me juger. » cria Paul « Tu ne sais absolument rien de moi ou de ce qui s’est passé ce soir là, tu n’y étais pas. » reprit-il.

C’était la première fois que je l’entendais perdre ainsi son sang froid.

J’ouvris la porte de la chambre et vis alors Roméo affalé sur le carrelage blanc de l’hôpital. Sa bouche ensanglantée laissait aisément deviner qu’elle venait d’être battue par un poing, assez dur.

Je m’agenouillai à ses côtés et lui demandai la bouche grimaçante :

_ « Est-ce que ça va ? »

Mais il ne répondit rien et dégagea la main chaleureuse que je lui avais tendu l’instant d’avant pour s’éloigner, vers la sortie. Je me retournai alors vers Paul.

_ « Mais enfin qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?! Dorénavant je te demanderais de ne plus l’approcher, ainsi qu’aucun membre de ma famille. Le lien que j’ai avec lui n’a rien à voir avec toi et ne te regarde en rien. N’essaie pas de le briser, tu n’y arrivera pas… »

_ « Ça n’a jamais été mon… » Fit il. Mais je ne l’écoutais pas et repris comme s’il ne m’avait jamais interrompu :

_ « Tous les deux nous avons un passé et je ne peux pas nier qu’il ne m’est pas indifférent, mais ne me fais pas choisir entre vous car tu risquerais d’être déçu »

Je tournai les talons et disparus à mon tour.

De retour à l’école, je décidai d’aller éclaircir les choses avec Roméo. Je le retrouvai sur le toit. Quand j’y suis arrivée, je le surpris regarder l’horizon avec sérieux et tristesse. Je n’arrivais pas à croire que c’était moi la responsable de ce regard. Et ça me déplaisait énormément. 

_ « Roméo ! » lui lançais-je.

Il se retourna vers moi sans un mot.

_ « Roméo…je…j’ai quelque chose à te dire. À propos de ce qui s’est passé… En fait, Paul… »

_ « Arrête…Tais-toi » me coupa-t-il avec une voix sèche et en se retournant de nouveau vers l’horizon. « Laisse tomber Tiffa, Pour moi tu es ma sœur et Carl et moi sommes tes SEULS frères. Je ne veux rien entendre sur ce type. »

_ « Mais Roméo, Paul… »

_ « Arrête !!! » me lança-t-il à la figure en même temps un regard noir et menaçant, ceux que l’on ne voyait que très rarement sur ce visage habituellement si doux.

Je m’approchai alors de lui d’un pas pressé et lui mis une gifle.

Il en était abasourdit.

J’étais en colère, triste et un peu tout à la fois, je m’en voulais d’avoir fait naître cette blessure à l’intérieur de son cœur à lui, ce frère si chaleureux qui a toujours été là pour moi. Je réussissais à voir dans ses yeux la certitude que je l’avais trahi et terriblement déçu. Mais avant qu’il ne puisse parler je le devançai et dit :

_ « Assez Roméo ! Ne sois pas comme ça. Tu es mon grand- frère et je t’aime. Celui avec qui j’ai passé les 13 dernières années de ma petite vie, celui qui m’a accueillie avec un sourire réconfortant lorsque j’étais encore perdue dans les ténèbres. Celui qui était là pour moi lors de mes cauchemars, celui qui m’a toujours consolée. Tu es ce grand-frère. Et ça ,jamais rien ni personne ne le changera. Le lien qui nous unit surpasse de loin celui du sang et je ne te permets pas de douter, jamais, de mon attachement envers toi ou notre famille. »

_ « Alors pourquoi… lorsque je suis venu à ta rencontre, et que je t’ai vu si bouleversée, j’ai voulu te consoler comme je l’ai toujours fait…mais là, tu m’as repoussé, comme un étranger. J’ai vu à ce moment précis, dans tes gestes et tes paroles que tu me considérais comme une menace, un danger, envers toi ou ton…ton frère. Sais-tu à quel point ça ma fait souffrir, de te voir protéger ce type de moi ? C’était comme si tous nos souvenirs n’avaient jamais existés, comme si tu nous avais déjà été enlevée par ce garçon…Mais je ne peux pas le laisser faire, jamais. »

_ « Je suis terriblement désolée pour ce qui est arrivé, je n’étais pas moi-même, j’ai perdu le contrôle. C’était comme si j’avais fait un bond en arrière et que je me regardais hors de mon corps. Paul est mon frère, c’est vrai, c’est certain et j’ai accepté qu’il revienne dans ma vie, car je ne peux pas le nier. On a vécu beaucoup de choses ensemble, aussi courte qu'eut été cette époque, les émotions la rendent intense et gravée à jamais. Il est même possible que ce genre de souvenirs refoulés, me replongent de nouveau dans cette léthargie consciente, mais… »

_ « C’est bien cela qui me fait peur. (Soupir) Depuis qu’il est arrivé, tout ce que je constate c’est que ton état de santé ne cesse de se détériorer en sa présence. Et que tu redeviens fragile mentalement. »

À ces mots, ma tension monta d’un cran.

_ « De quoi est-ce que tu veux parler? »

_ « Je suis au courant…Oui, je sais tout. »

Je sentis mon cœur se compresser dans ma poitrine. Mais décidai de ne pas céder à la panique.

_ « Tu sais quoi, exactement ? »

_ « Je sais que…Tu refais des cauchemars depuis noël, et que tu te réveilles souvent en sueur dans le courant de la nuit. »

À cette révélation, je ne pus m’empêcher de pousser un soupir de soulagement, qui apparut aux oreilles de Roméo, comme un soupir de désintérêt total.

_ « Ne le nie pas, c’est ta colocataire, qui nous en a parlé. »

En effet, depuis le réveillon de noël, mes nuits étaient plus agitées que d’habitude et une angoisse pesante, rendait plus agressifs mes cauchemars déjà digne d’un film d’horreur me faisant me réveiller en sursaut ou parfois même en pleurs la nuit. Mais j’ignorais que Stella m’avait entendue. Je lui en voulais de m’avoir fait une telle frayeur et d’en avoir alerté les jumeaux, mais je pensais régler cette question après.

_ « Oui, c’est vrai, que je refais des cauchemars, mais ce n’est pas grand choses, ne t’en fais pas. »

Qui croyais-je berner avec cette phrase ? Personne et surtout pas Roméo, je le savais, mais mon cerveau, n’avait pas d’autre réplique, plus rassurante, après le soulagement que m’avais procuré cette révélation. Je pensais que ma seconde vie était découverte mais avec le recul je me dis que c’était stupide de m’être inquiétée. Comment aurait-il pu le savoir ?!

_ « À qui veux-tu faire croire ça ?! »

_ « Je suis désolée, je sais que j’aurais dû vous en parler, mais je ne voulais pas vous inquiéter. »

_ « En tout cas avec tout ça tu ne peux pas m’en vouloir de me poser des questions sur comment vont se dérouler les choses à l’avenir et de m’inquiéter pour toi, pour nous. »

La vérité c’est que je me le demandais aussi.

_ « Je suis désolée »

_ « Non, c’est moi qui suis désolé petite sœur, je suis un égoïste et pour cette raison je ne te laisserai jamais partir. » Puis il se dirigea vers la sortie.

_ « Alors, je compte sur toi, grand-frère ! Tu seras mon gardien ! Je ne tiens pas non plus à vous quitter. »

Roméo s’arrêta et se retourna vers moi. Je lui affichai mon plus beau sourire, me dirigea vers lui et arrivée à son niveau, je lui dis doucement, sans même le regarder:

_« C’est une promesse ?! » et n’attendant pas la réponse je quittai le toit sans me retourner.

Plus tard, je reçus une invitation de Paul me donnant rendez vous à 20h00, après le dîner, dans l’arrière cours de l’école.

_ « Hey ! Ly…Tiffa ! Je suis content que tu sois venue. »

_ « Oui… »

_ « Assieds toi. Je te dois des explications. »

Installé à l’ombre d’un Cerisier, Paul commença à me conter son récit.

_ « Je ne sais pas vraiment où commencer. Tout d’abord, je m’excuse pour tout ce que tu as du subir ces dernières années. »

_ « Tu parles sans doutes de tous ces cauchemars incessants qui font, depuis cette fameuse nuit, partis de mon quotidien, ou bien pour la tristesse, monumentale que ta disparition m’a causée ? »

_ « … »

Je ne me sentais décidément pas d’humeur à entendre ce genre de choses. Mais en le regardant silencieux. Je me calmais et repris plus doucement.

_ « Tu n’as pas à me demander pardon, l’incident n’était pas de ta faute et… je suppose que si tu n’es pas revenu me chercher, c’était pour une bonne raison. Et puis tu ne dors pas très bien la nuit, toi non plus, ou je me trompe ? »

_ « Non. Tu as raison, mais j’aurais dû empêcher tout cela… »

_ « N’importe quoi ! Et comment tu t’y serais pris dis moi. Tu n’avais que 11ans, contre un adulte, comme papa, désolée, mais tu ne faisais pas le poids. D’ailleurs tu nous l’as prouvé. »

_ « Je ne pouvais peut être rien sur le coup mais… »

_ « Cesse de vouloir porter un fardeau qui n’est pas le tien veux-tu ?! Je ne serai jamais en colère contre toi pour… »

Paul posa subitement sa main sur ma bouche.

_« Merci de me trouver des excuses, mais je n’en ai aucune. Je n’ai pas su tenir mon rôle de grand-frère, Roméo avait raison. »

_ « Il n’y était pas, il ne sait pas de quoi il… »

_ « Je t’ai abandonnée !!! »

_ «… Comment ?... »

_ « Je suis tellement désolé Lili… Ce soir là, tu t’en souviens sûrement on était monté se coucher sous les instructions de maman, il était tard et papa n’était toujours pas rentré, mais on ne voulait pas dormir avant de lui avoir offert notre cadeau. Tu t’en souviens, un père noël en pâte à sel que l’on avait fabriqué. Mais lorsqu’il rentra, il sentait l’alcool et était bruyant, je t’ai alors demandé de rester dans les escaliers. Ils se sont alors disputés comme ils le faisaient toujours sur leurs sujets favoris : tromperie, mensonge et trahisons, mais rien ne laissait prévoir ce qui allait se passer ensuite. La situation a dégénéré et les choses se sont emballées, je t’ai fait grimper au premier, t'ai fait te cacher dans la penderie te demandant expressément de ne faire aucun bruit et de ne sortir de ta cachette sous aucun prétexte. Mais avant que je n’ai eu le temps de me cacher à mon tour, il m’accula sur le balcon et me fit tomber dans le vide. »

Ma tête, à l’entente de ces souvenirs comptés à hautes voix par un autre que moi, se mit à bourdonner. Des images passaient dans ma tête à chacune de ses paroles. Je pris alors ma tête entre mes mains voulant lui éviter d’exploser et une main chaude et rassurante se posa sur mon épaule.

_ « Si c’est trop douloureux, je peux arrêter. Mais je tiens vraiment à t’expliquer, donc s’il te plaît, accroche-toi.

_ « Ça va aller, tu peux continuer. »

_ « Bien, donc comme tu le sais, je suis tombé mais, même si à l’époque, je trouvais la distance mortelle, sûrement dû à notre âge, elle ne le fut pas. J’atterris sur mon épaule droite qui céda sous le choc, ma tête ne fut que légèrement blessée et j’eus quelques contusions, mais à l’atterrissage, j’étais encore conscient. Je regardais notre père avec des larmes aux yeux lorsqu’il me jeta à la figure : «  Petit insolent !!! » Je compris alors qu’il était sérieux et qu’il voulait vraiment nous tuer. C’est alors que je pris une décision que je regretterai le restant de ma vie, j’ai pris mes jambes à mon cou et avec le reste de force dont je disposais je me mis à courir. En m’enfuyant, je ne pensais qu’à toi, je te le jure. Je me demandais si tu t’en étais sorti, ou s’il t’avait eu. Puis je m’en voulais cruellement de t’abandonner, mais ma culpabilité n’était pas aussi forte que ma peur de la mort. Je courus aussi vite que me le permettaient mes jambes, avant de m’effondrer devant la porte d’un pavillon, où une famille résidait. Elle me soigna et le lendemain, à mon réveil, me posa tout un tas de questions auxquelles je ne donnai aucune réponse. Devant ce silence ils décidèrent de m’emmener au commissariat, où la scène se répéta avec plusieurs policiers, mais devant qui je gardais également le silence. Pourquoi ? J’avais honte, tellement honte et peur aussi. Honte que l’on m’accuse de lâcheté, pour avoir abandonné derrière moi ma petite sœur pour sauver ma vie, puis peur que l’on m’annonce ta mort, où la vie de cet homme et qu’il me ramènerait chez lui. Un tas d’hypothèses ont défilé dans ma tête et une seule solution c’est imposé à moi comme une évidence. Garder à jamais la bouche fermée et devenir muet aux yeux de tous. Un enfant dont on ne connaît rien, on lui donnera une autre identité et un autre foyer. Tout ceci me convenait, cependant, il me manquait quelque chose, toi. Quelques jours après l’incident, j’entendis que tu avais survécu, mais que notre père s’était donné la mort. Je me dis alors, qu’il vaudrait mieux rentrer, que tu devais être terrorisée, mais je me suis aussi dit que tu avais deviné, que je t’avais abandonné alors que si je rentrais, je ne recevrais de ta part, que du mépris et de la haine. Car moi qui était ton ange gardien t’avais tourné le dos, je t’avais trahis. Je pris alors la décision de ne rien faire. La vie s’est écoulée et il à bien fallu que je reparle, mais lorsque l’on me reparla de ce soir là, je feignais d’avoir tout oublié ce qui était possible selon les psychiatres qui m’avaient examinés. Puis il y a 5ans, je fis un rêve étrange qui me donna, la force et l’envie de te retrouver, je fis alors les démarches nécessaires, et me voilà devant toi, pour m’excuser et reprendre le rôle qui était le mien en essayant de rattraper le temps perdu. »

_ « Je …tu…Je n’arrive pas à y croire. » bégayai-je. « Tu étais là, en vie, mais tu t’es enfuis…bon sang, à ce moment là, lorsque notre père t’as accusé d’insolence, je te croyais mort. Pour me faire sortir de ma cachette, il à prétendu que je resterais seule ici. C’était vrai, mais pas comme je le pensais. Tu t’es enfui… »

Je restais un instant perdue dans mes pensées. Puis-je me surpris soudainement à penser, dois-je considérer encore quelqu’un comme lui, comme mon frère. Après tout celui en qui j’avais le plus confiance m’avais trahie et qui sais au fond si ma double personnalité n’aurait pas pu être évitée si il était resté avec moi comme il aurait dû le faire.

Puis mes yeux tombèrent dans les siens et je revis tous les bons moments passés avec lui et ce qu’il avait dû ressentir en tant qu’enfant et ce qu’il pouvait ressentir maintenant. M’avouer la vérité ne devait pas être facile et en accepter les conséquences était, à mes yeux, digne d’un sacrifice. C’est alors que je ressenti du respect et de la compassion envers lui. Après tout nous étions les deux véritables victimes de la folie de notre père. Et j’osais croire qu’il devait être au moins autant blessé que moi. Et qui sait, peut être arriverons-nous à nous soigner mutuellement.

_ « Euh Lili,…euh…Tiffa je… »

Je me redressai vers lui et le visage rempli de larmes je lui fis mon plus beau sourire.

_ «Bienvenue à la maison Grand-frère. » 

_ « Tu n’es pas en colère… »

_ « Comment pourrais-je l’être. Tu n’as pas cessé de penser à moi toutes ces années et tu es revenu pour moi. Tu ne m’as pas abandonnée. »

_ « Je t’ai trahie et pourtant toi tu m’accueilles à bras ouverts ! »

_ « Maintenant que je sais la vérité, je me sens soulagée. Toutes ces années je m’étais imaginé les pires scénarios possible, et je m’étais finalement convaincue que tu n’avais peut être jamais existé. Je ne suis pas fâchée, je pense que l’on à mieux à faire que de s’en vouloir, non ?»

_ « J’étais sensé te protéger, je n’ai pas tenu ma promesse. »

_ « Ça va aller, je comprends la décision que tu as prise. N’oublies pas qu’à l’époque tu étais un enfant tout comme moi. Ta réaction était légitime.»

_ « Non, c’est impardonnable, je… »

Je posai ma main sur ses lèvres pour lui faire comprendre d’arrêter.

_« Chut ! J’ai toujours su que cette promesse était trop lourde à porter pour toi. Les parents se sont trop reposés sur toi pour prendre soin de moi, à tel point que dés qu’il y avait un problème avec moi il t’en tenaient directement pour responsable. Pourtant je dois avouer avoir apprécié cette situation, le fait que tu sois toujours là pour moi. J’étais égoïste et consciente de l’être, cependant je me suis souvent demandé si tu ne finirais pas par me haïr. »

_ « Non, Lili, jamais. »

_ « Tu veux mon avis sur ton geste de ce fameux soir, certes tu avais peur, mais inconsciemment je pense que tu m’as laissée derrière toi volontairement. Sois franc, dans ta nouvelle vie tu devais te sentir plus libre, non ? J’étais un poids pour toi, tu ne vivais pas ta vie d’enfant comme les autres juste parce que moi j’étais différente. Et pour cela tu me haïssais. »

Paul se mit à pleurer.

_ « Bof, ça ne fait rien grand-frère, je l’ai toujours su. Et puis moi je te haïssais d’être normal et de me le rappeler tout le temps. Tu ressemblais à un oiseau mis en cage, et cette cage c’était moi. Ça m’attristait pour toi, quelque part je m’en voulais de te faire subir ça mais j’avais l’impression que si je ne faisais rien je finirais par te perdre. J’ai donc fait de toi, sans même, te le demander, mon ange gardien, ce qui t’obligerais à rester pour toujours près de moi. »

Paul me lança un regard en continuant à pleurer silencieusement.

_ « Tu sais, l’ange gardien de la comptine que nous lisait maman, tous les soirs avant de nous coucher. L’histoire m’est restée gravée en mémoire. »

Paul posa alors sa tête sur mes jambes et ferma les yeux, je compris qu’il me demandait de la lui raconter. Ce que je fis sans attendre.

« Il y a très très longtemps, dans un pays lointain, vivait une princesse, qui n’avait peur de rien sauf de rester seule dans son grand château. Elle rêvait d’aimer, un être parfait, qui ne la quitterait jamais et qui l’aimerait autant qu’elle l’aime. Elle avait certes, beaucoup de prétendants, mais pour aucun elle ne se sentait capable d’aimer si fort qu’elle pourrait se sacrifier pour lui. Un jour un ange céleste en mission pour dieu descendit sur terre et par la volonté du destin, il croisa la route de la princesse. Il en tomba rapidement éperdument amoureux, à tel point qu’il sacrifia ses ailes et son immortalité pour elle. Ils s’aimèrent tous les deux si fort et d’un amour si pur que leur bonheur était contagieux et l’on avait surnommé le royaume sur lequel ils régnaient maintenant tous les deux, « Paradisia ».

« Dieu, fort mécontent, de la trahison de son serviteur décida de le punir en prenant la vie de la princesse sous la forme d’une maladie incurable. Et il condamna l’ange à errer seul sur terre, durant 5OO jours et 500 nuits, et qu’à sa mort il finirait directement en enfer sans jamais pouvoir regagner le paradis ou était désormais son épouse.

On dit que l’ange pleura les 5OO jours et 5OO nuits sans s’arrêter faisant naître une mer où il se noya le 501ème jour, à ce moment là, une voix perçant le ciel et résonnant jusqu’en enfer se fit entendre. Ce fut celle de la princesse. Elle chantait pour son bien aimé. 

« Mon ange ne pleure pas.

Je reste près de toi. 

Mon ange ne pleure pas.

Je serais là pour toi. 

Car tu es mon ange,

Je ne vois que toi. 

Car tu es mon ange,

Je n’ai foi qu’en toi. 

Mon ange ne pleure pas.

Je reste près de toi. 

Mon ange ne pleure pas.

Je serais là pour toi. »

Je rechantai la chanson une deuxième fois tout en caressant les cheveux de Paul qui s’était endormi. Je me rendis compte que je venais de retrouver ce que j’avais perdu il y a longtemps.

Paul et moi avions tous deux, toujours été plus que proche, plus que frère et sœur mais moins qu’amis. Nous étions devenu dépendants l’un de l’autre et pour cette raison je l’aimais profondément et le haïssait tout autant et je pense que Paul ressentais la même chose.

Malgré la séparation, nos sentiments l’un envers l’autre n’avaient pas changés et c’est sur cette constatation que je m’abandonnai à mon tour au sommeil.

Chapitre 6 Les Blessures du Passé Chapitre 8

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Date de dernière mise à jour : 2013-02-04

Veuillez respecter le travail que nous effectuons à la sueur de notre front :D!

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site